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22.04.2008

Disparition de Zoia Krakhmalnikova

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Zoia Krakhmalnikova en relégation dans l'Altaï.

Zoia Krakhmalnikova est décédée le 18 avril à Moscou à l'âge de 80 ans.
Toute l'équipe de l'ACER-Russie présente ses condoléances à sa fille Zoia Svetova et à toute sa famille.

Zoia Krakhmalnikova, écrivain et défenseur des droits de l'homme, fut une des figures majeures du mouvement dissident russe dans les années 70 et 80.

Elle est arrêtée en 1982 pour avoir rédigé l'almanach clandestin "Nadejda" ( dix numéros parus jusqu'à son arrestation). Elle passe une année emprisonnée dans la prison du KGB puis elle est envoyée 5 ans en relégation. Zoia a toujours refusé de déposer une demande de grâce aux autorités soviétiques.

Dans les années 70 elle publie de nombreux articles sur la renaissance religieuse en URSS, elle écrit des livres qui circulent en samizdat ( "auto édition" multipliée à la ronéo, photocopiée ou recopiée à la main)

Zoia est libérée en 1987 lorsque Mikhail Gorbatchev entrouvre la porte des camps pour les dissidents et défenseurs des droits de l'homme.
Elle continue de publier après sa libération dénonçant les dérives antisémites ou nationalistes dans certains cercles de l'église russe.

L'ACER-RUSSIE a mené de nombreuses campagnes de presse de 1982 à 1987 pour obtenir sa libération et des conditions de détention décentes. Sa fille Zoia Svetova, journaliste indépendante, a consacré de nombreux articles à la défense des droits de l'homme en Russie aujourd'hui. Plusieurs de ses articles ont été publiés dans le Bulletin de l'ACER-RUSSIE
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Zoia Krakhmalnikova en relégation dans l'Altaï en Sibérie occidentale. ( ici avec ses neveux ).

 ( Sources hro.ru)



Texte de Zoia Svetova publié après l'assassinat d'Anna Politkovskaia :

"Quand la société se tait, on tue les journalistes.

De la défense de l’emphase

Le dernier livre d’Anne Poitkovskaia, publié en français à Paris il y a deux semaines, a pour titre « Journal d’une femme en colère ». Si un jour ce livre était publié en Russie, il serait plus juste de lui donner pour titre« Journal d’une femme concernée». Ania était avant tout une personne concernée. Concernée par toutes les formes d’injustice, attentive à toutes les infractions aux droits de l’homme, et avant tout aux droits des « plus petits ».
Il est courant de dire que Politkovskaia écrivait sur la Tchétchénie et sur les tchétchènes. Ce n’est pas tout à fait exact.
Jusqu'à l'épuisement de son temps et de ses forces, sans relâche, d’article en article, elle écrivait sur ceux dont plus personne ne parlait.
Elle écrivait, ouvrait ses colonnes, aux prières et demandes des « plus petits », qui s'adressaient à elle quand toutes les portes étaient fermées, qu’il n’y avait plus d’issue.
Et encore : Ania Politkovskaia parlait de nous, de la société russe.
De cette société qui se taisait quand les civils fuyant Grozny en 1999 étaient écrasés sous les bombes, qui se taisait quand ces mêmes réfugiésétaient chassés des camps de toile en Ingouchie. Elle écrivait, pendant que nous nous taisions, sur les tortures et enlèvement en Tchétchénie, nous nous taisions et elle écrivait sur les victimes de la prise d’otages du Nord-Ost, abandonnées par l’Etat russe. Elle fut la première à rompre notre silence sur les escadrons de la mort actifs en Tchétchénie.
Nous nous taisions, la liste de nos silences et de notre indifférence est infinie.

Ses collègues journalistes lui reprochaient parfois son emphase. Je crains qu’elle ait eu peu d’appui dans notre confrérie de journalistes. C’est peut être pour cette raison que les média russes n’ont se mettre d’accord sur un deuil symbolique. Même les publicités n’ont pas été interrompues pour quelques heures.
Heureusement Politkovskaia avait son journal, « Novaia gazeta » et l’appui de son rédacteur en chef.
Contrairement à nous Ania avait compris une chose importante ; il arrive un moment où le journaliste doit simplement changer de métier et devenir un acteur politique et un défenseur des droits de l’homme. Il arrive un moment où il ne faut plus avoir peur de l’emphase. Elle ne la craignait pas.

Quand la société se tait, on tue les journalistes.

P.S : Je ne crois plus aux miracles depuis bien longtemps. Pourtant j’ai été surprise de rencontrer,au rassemblement à la mémoire d'Ania, Place Pouchkine, beaucoup de personnes qui ne sont pas des habitués des manifestations organisées par les défenseurs des droits de l'homme. J’ai même rencontré ces journalistes, qui ont peur de l’emphase comme le diable a peur de l’encens, fréquentant plutôt les clubs à la mode et les soirées privées.
J’ai rencontré des jeunes gens et jeunes filles qui ressemblaient à mes enfants et aux enfants d’Ania Politkovkaia
Beaucoup d’entre eux venaient manifester sur cette place pour la première fois.

Zoia Svetova
Journaliste indépendante

09.04.2008

Jeunes filles en prison - Le difficile retour vers la liberté

Les membres de l'association Sodeïstvie de Moscou viennent chercher les jeunes filles libérées à leur sortie de prison, les entourent d'attention, d'amour et de soins pour leurs premiers pas en liberté, leur offrent une épaule solide sur laquelle s'appuyer.
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"En Russie, 63 camps pour mineurs accueillent 10 300 adolescents. Trois d'entre eux accueillent des filles. Un nombre au moins identique d'adolescents est détenu dans des centres de détention provisoire.
Les détenues sont au nombre de 1 300 environ. Selon les chiffres des services d'exécution des peines, 40% des adolescentes sont détenues pour vol, 14% pour vol avec violence, 13% pour agression et 5% pour meurtre. Plus de 70% des détenues n'ont pas dépassé le niveau du collège."

Ils sont 10300, âgés parfois de juste quatorze ans, à peupler les camps pour mineurs en Russie. Rares sont les enfants de familles heureuses qui se retrouvent en prison. Si cela arrivait, leurs parents feraient tout leur possible pour les en sortir . Les camps et prisons pour mineurs sont en Russie remplis d’enfants venus de nulle part et allant on ne sait où.

Ces enfants ne sont généralement pas attendus chez eux, à la maison. Quant à ceux des orphelinats et des foyers, personne ne s'en préoccupe. On dit ... c'était des enfants difficiles..., il n'y a rien à attendre d'eux si ce n'est des problèmes. Après avoir vécu le camp ils sont perçus comme empoisonnés par l’atmosphère de la prison, contaminés par le romantisme du monde criminel. De plus, ils deviennent un si mauvais exemple pour les plus jeunes… La vie suit son cours. Les adolescents sortent et portent sur leurs épaules le poids de la détention (la moyenne des peines est de trois à cinq ans), ils essaient de trouver leur place dans la vie avec ce fardeau.

Pour les garçons c’est plus facile – ils sont moins embarrassés par leur passé, ils ont moins honte de leur passage en prison – ils trouvent un emploi dans un garage, une usine, un atelier, là où le patron ne s’inquiète pas du passé de ses employés. Pour les filles tout est beaucoup plus difficile. Il leur est difficile de s'habituer à vivre dans un espace carcéral confiné malgré les quelques dessins accrochés aux murs des cellules. Difficile de s’habituer aux conditions de vie sévères et militarisées de la prison : tout déplacement se fait au pas et en rang, pour aller déjeuner, dîner, étudier, travailler… Oui je dis travailler, car c’est bien le travail qui distingue les conditions de détention des filles et des garçons.

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Dans les camps pour filles, les jeunes filles apprennent à coudre et ensuite elles cousent, elles cousent sans arrêt ! Le salaire est ridicule – de 150 à 800 euros (4 à 20 euros). Les filles arrivent dans le camp à un âge où elles grandissent très vite, une gamine de 14 ou 15 ans, petite et fragile se transforme au cours des années de détention. Arrive un moment où elle ne peut plus rentrer dans le chemisier ou les jeans qu’elle portait à son arrivée au camp. Cela semble anecdotique mais c’est un vrai problème ! Le jour de la libération approche, trop lentement sans doute – « Bien sûr on a envie d’une vie normale, comme tout le monde. Une famille, une maison, un travail. Ne plus subir des regards à la dérobée qui vous désignent comme criminelle, c’est très désagréable mais on n’échappe nulle part à ces regards. On a tellement envie de crier à tous qu’on est un être humain qu’on a une âme. Que cette âme n’est parfois pas pire que celle de nombreuses personnes libres » (Katia C)

 Et si l’arrestation s’est déroulée en été et la libération est intervenue en hiver ? L’argent versé à la libération ne permet pas d’acheter grand-chose, surtout pour des jeunes filles qui veulent jeter le plus vite possible la blouse réglementaire pour s’habiller avec un minimum d’élégance. C’est important et pas seulement pour sa satisfaction personnelle – « Chez nous, cela ne se fait pas pour une jeune fille d'aller en prison » (Marina Z.)

Un proverbe russe dit que l’accueil dépend de l’habit…  Il est plus facile de trouver du travail quand on est bien habillé, on se sent plus tranquille et sûre de soi. C’est déjà si troublant de faire ses premiers pas en liberté, la tête vous tourne de tant d’air et de lumière, de tant de nouveaux visages, de la foule. Les gens ont changé, tant de temps a passé.

  La jeune fille libérée a 720 roubles (20 euros) en poche mais elle a perdu l’habitude de l’argent, elle ne connaît plus le prix des choses, combien coûte quoi. En économisant et en cherchant longuement, un jean coûte 300 roubles, une paire de chaussures 500, et voilà l’argent dépensé !

Que faire si c’est l’hiver, ou même le printemps et l’automne et qu’il faille acheter une veste chaude et un pull ? Il faut aussi pouvoir manger en route. Les adolescentes sont généralement emprisonnées très loin de leur lieu d’habitation.

 Il n’y a que trois camps pour mineures en Russie. Il faut d'ordinaire une journée et une nuit entière pour y arriver, le train souvent ne suffit pas, il faut finir le voyage en autobus mais cette dépense n’est pas prévue par l’administration pénitentiaire.

Avec l’association Sodeistvie nous connaissons depuis de longues années les filles du camp de Novooskol, elles nous ont parlé de leur vie et de leurs problèmes. Nous faisons le tour des amis et relations pour rassembler des vestes pour l’hiver, des pulls. Nous achetons ce qui manque.

Chaque mois 15 adolescentes sortent de camp à la fin de leur peine, 3 ou 4 autres profitent de libérations anticipées. Nous aimerions tant les aider toutes ! De leurs premiers pas en liberté dépend leur avenir, elles ont bien assez payé pour leurs fautes, ne les punissons pas encore et encore…

Grâce au soutien sans faille de tous les donateurs de l’ACER-RUSSIE nous pouvons leur acheter du linge, des chaussures, tout ce qui peut leur manquer pour commencer une nouvelle vie.

Un immense merci à tous ceux qui aident Une nouvelle année commence et de nouveau nous sommes à la recherche de moyens pour les achats de première nécessité. Nous voulons être en mesure d’aider toutes les jeunes filles qui sortent de camp

Nathalie Dziadko - Sodeistvie

ACER-RUSSIE Bulletin n° 129 Mars 2008