04.01.2008

Les filles de personne (1)

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Sortie à Moscou


Les filles de personne

Zoia Svetova (journaliste indépendante Moscou)


Le destin des détenus mineurs qui retrouvent la liberté n’intéresse ni leurs parents ni le gouvernement….

Il y a en Russie 62 camps pour les délinquants mineurs.
Ces camps ne sont jamais vides. Chaque jour des ex petits garçons et petites filles quittent la « Maloletka » (camp pour mineurs) et retrouvent la liberté. Régulièrement les convois pénitentiaires les remplacent par d’autres pensionnaires.

Dans ces camps,
un mineur sur dix est orphelin. Il y a beaucoup d’orphelins sociaux. Ces enfants sont abandonnés par leurs parents qui organisent leur vie sans eux. En général ces enfants finissent derrière les barreaux victimes de l’indifférence criminelle de leurs parents. Quand ils sortent de camp ces enfants découvrent qu’ils ne sont, comme avant, utiles à personne.
On dit que
la détention est plus dure à vivre pour une femme que pour un homme. Naturellement les jeunes filles vivent plus mal le camp que les garçons.

Nous allons parler de ces jeunes filles. De celles qui purgent leur peine dans le camp de Novooskol.
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Camp de Novooskol

Orphelins ayant encore leurs parents.

« Maman était enceinte de moi, alors mon père nous a abandonnées. Maman est allée avec le frère de mon père. Ce frère a dit qu’il fallait qu’elle se débarrasse de moi et qu’ils auraient d’autres enfants. Maman m’a laissé dans un orphelinat ». Galina C.

« Natalia Mikhailovna, regardez l’état de mes pieds. J’ai absolument besoin de chaussures à talon, - affirme Olia E., en fouillant les cartons de chaussures pour en choisir une paire. Olia a 18 ans. Avant son emprisonnement elle habitait la ville de Sim dans la région de Tchéliabinsk. Ce matin elle est descendue du train Novii Oskol-Moscou avec un petit sac à dos et 1000 roubles (30 euros) en poche. Hier soir elle passait seulement le portail du camp.

Olia et Macha ont été accueillies à la gare à Moscou par les bénévoles de l’association « Sodeistvie ». Ils les ont emmenées voir la Place Rouge, offert un déjeuner chez Mac Do puis conduit dans le bureau de l’association pour se réchauffer un peu, choisir des vêtements et des chaussures et parler un peu de soi.
Le soir les jeunes filles sont accompagnées à la gare et s’en vont vers leur lieu de résidence où elles sont enregistrées. Vers leur maison. Même si cette maison n’existe pas et n’existera
peut-être jamais.
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L’association « Sodeistvie » conserve des dossiers où sont consigné.s des centaines d’entretiens et d’interviews d’adolescents libérés de camp. Quand on lit ces histoires vécues d’enfances brisées, on voit se dessiner toujours les mêmes tableaux : - Il était une fois une petite fille, qui vivait avec sa mère, son père ou le nouveau mari de sa mère. Le père et la mère buvaient. La petite fille s’enfuit de la maison. Les parents sont déchus de leurs droits parentaux. La petite fille est placée dans un foyer pour enfants.
Ou encore cette autre histoire : La mère est incarcérée. Les petites filles et leurs frères sont placés dans un foyer. Le père a passé sa vie en prison, une fois sorti il est parti voler des fils de cuivre, il a grimpé sur un poteau et a été électrocuté.
Les frères aîné sont dans un camp, l’un d’eux a tué sa propre tante. La petite fille s’est enfuie de son foyer. Elle voulait goûter à la liberté. Elle s’est retrouvée dans la rue.

L’histoire de leurs crimes.

« J’avais envie de manger. Je voulais avoir de jolis vêtements, je n’avais pas d’argent, comment en avoir ? Il faut aller voler. Tu vas voler et tu sais que tu ne devrais pas, qu’il ne faut pas le faire. Tu y va quand même sans penser à ce qui se passera ensuite… » Dacha E.

- Tu as été emprisonnée pour quelle raison ?

- Article 111. « Violence sur personnes » répond Olia E. – J’avais alors 16 ans. J’ai croisé mon petit ami, il était avec une fille. J’ai ouvert le crâne à la fille. J’aimais beaucoup ce garçon. Maman m’interdisait de le voir : « Tu vas encore te disputer avec lui, et lui va aller voir ailleurs. Tu vas aller frapper toutes les autres filles ? Tu veux passer ta vie en prison ? ». Cette fois là j’ai été condamnée à un an ferme, car avant j’avais déjà eu du sursis. Quand j’avais 14 ans, nous sommes allées avec Natacha chez une voisine, nous avons cassé la porte et emporté un ordinateur. Natacha a été tuée par son frère pendant que j’étais en camp. »

Moi aussi j’ai reçu une peine avec sursis –intervient Macha G. – Elle vient de Kouvandik de la région d’Orenbourg. Elle parle calmement, d’une voix sans émotion.
-Puis elle bafouille : « Avec une amie nous avions bu. Nous voulions danser mais notre magnétophone s’était cassé. Nous somme allées chez un gars mais il n’était pas chez lui. Nous avons cassé sa porte et pris un magnétophone qu’on a emmené chez une amie. Par la suite ce gars est passé chez cette amie, il a vu son magnéto. Sa femme nous a dénoncé à la milice. Ma copine a bavé que j’avais moi aussi participé au vol. C’est un vieux magnétophone, à deux cassettes. Il coûte 1 500 roubles et puis nous l’avions tout de suite rendu au gars. Au tribunal ils avaient inscrit – 4 000 roubles de préjudice. J’ai eu 2 ans avec sursis. Il fallait se présenter régulièrement à la milice, mais moi je ne pouvais pas vivre à la maison, je me disputai sans cesse avec mon père. J’habitais à 35 kilomètres de là chez des amis. J’étais inscrite au collège mais je n’y allais pas. J’avais un ami qui avait un kiosque et j’étais vendeuse dans ce kiosque.
-Au tribunal on m’a demandé – « Tu vas étudier ? » J’ai répondu franchement que non, et que je n’allais pas vivre chez moi non plus. Mon père est à jeun une fois par mois, il ne travaille pas et parasite ma mère qui se tue à la tâche comme femme de ménage. »

« Dans notre camp il y avait des filles qui étaient là pour meurtre, - raconte Macha G. – Le plus effrayant c’est quand on tue ses parents. Certaines, par exemple, avaient tué un homme parce qu’il les embêtait trop, ça je le comprends et j’aurai fait pareil. Mais dans ma brigade il y avait une fille qui avait tué sa mère. Un matin elles se sont disputées et elle l’a tuée. Elle a pris 7 ans. » (...)

22.04.2007

La population carcérale russe augmente depuis 2004.

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Au 1er mars 2007, il y avait en Russie 883 500 personnes emprisonnées, dont 705 600 personnes détenues dans 765 camps.
165 200 personnes sont détenues dans 216 centres de détention provisoire, 7 prisons, et 160 établissements regroupant prison et centre de détention provisoire.
12 500 détenus mineurs sont détenus dans 62 camps pour mineurs.61 500 femmes sont détenues, il y a 11 maison d'enfants auprès des camps pour femmes dans lesquels vivent 747 enfants.



Краткая характеристика уголовно-исполнительной системы Российской Федерации
По состоянию на 1 марта 2007 г. в учреждениях УИС содержалось 883,5 тыс. человек, в том числе в 765 исправительных колониях - 705,6 тыс., 216 следственных изоляторах, 7 тюрьмах и 160 помещениях, функционирующих в режиме следственных изоляторов и тюрем - 165,2 тыс. человек, в 62 воспитательных колониях для несовершеннолетних - 12,5 тыс. человек. В учреждениях содержится 61,5 тыс. сужденных женщин, при женских колониях имеется 11 домов ребенка, в которых проживает 747 детей.

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Statistiques du chiffre de la population carcérale en Russie. Dernière colonne à droite - situation à avril 2007.

Sources Valeri Abramkine "Sodeïstvie" Moscou

Depuis le début des années 90, l'ACER-RUSSIE apporte son soutien à l'association moscovite "Sodeïstvie" qui travaille à améliorer les conditions de détention en Russie. De nombreux programmes d'aide humanitaire ont été conjointement mis en place pour venir en aide aux mineurs détenus, aux jeunes filles sortant de prison. L'ACER-RUSSIE a participé à l'élaboration d'une exposition sur la situation carcérale russe qui a été présentée dans de nombreuses villes en Russie.

Contact : tél 01 42 50 53 46
Email : courrier@acer-russie.org

23.01.2007

Nouvelles des prisons russes

En Russie les femmes détenues pourront garder avec elles leurs enfants en bas-âge.

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Cette déclaration a été faite par Iouri Kalinine, directeur du Service fédéral de l'exécution des peines. A la fin du premier semestre 2007 toutes les mères d'enfants de moins de trois ans, détenues en Russie, devraient pouvoir s'occuper elles-même de leurs enfants.
"Dans le camp n°2 de Mordovie, a été créée une Maison de la mère et de l'enfant où les mères détenues peuvent vivre avec leur enfant. Cette expérience est très positive" confirme Iouri Kalinine.
Actuellement les mères et les enfants vivent séparément, les mères leur rendent visite deux fois par jour. Tout le reste du temps, les enfants sont pris en charge par du personnel du camp.
Iouri Kalinine a également souligné que le nombre d'enfants vivant dans les jardins d'enfant des lieux de détention est passé à 730 contre 400-500 les années précédentes.


Actuellement en Russie, près de 60 000 femmes sont détenues. Cela représente 5% de la population carcérale.
La plupart de ces femmes sont issues de couches sociales défavorisées et sont détenues pour vol.

L'association "Sodeïstvie" de Moscou apporte depuis des années un soutien matériel, juridique, psychologique et social aux détenus en Russie.


L’association moscovite Sodeïstvie, Centre social pour une réforme du système pénal, a été fondée en 1988 par un ancien dissident lui-même rescapé des camps, Valeriï Abramkine. Sodeïstvie organise sur les lieux de détention un suivi social et psychologique des détenus. L’association élabore des propositions pour une réforme structurelle et législative du système pénitentiaire, soutient le contrôle de la société civile et veille au respect des normes et des textes internationaux. L'ACER-RUSSIE soutient et collabore avec l'association depuis sa création.

В учреждениях содержится 59,8 тыс. сужденных женщин, при женских
колониях имеется 11 домов ребенка, в которых проживает 719 детей.
(Au 1er décembre 2006, 59,8 femmes étaient détenues. Dans les 11 maisons d'enfants des camps vivent 719 enfants)

Photo et source "Sodeistvie" Moscou